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Chapitre I La victoire
Le vent glacé souffle sur la plaine enneigée de Kaminato. Le brouillard givrant couvrait le ciel, bien que le noir de la nuit ne donnait aucune occasion de voir aux alentours. Sur une petite colline, un homme, vêtu comme un guerrier, la cape rouge flottant au vent, le katana à la main, regardait les environs. Peu après, il rangea son arme dans son fourreau, descendit la colline et se mit à marcher rapidement, à la recherche de quelque chose, ou de quelqu'un. Ou bien des deux. De tous côtés, il y avait des formes noires allongées dans la neige tachée de sang. C'étaient des soldats haïkarois et des Barbares, morts ou mourrants. On entendait les râles des blessés et des mourrants, que ce soit des Haïkarois ou des Barbares. On ôta la vie aux blessés barbares et aux blessés graves d'Haïkary dont on ne pouvait plus rien faire. Les chariots étaient remplis de survivants, de blessés graves et de morts. On les emmenait au campement. L'un des chariots peinait à avancer, la roue coincée dans un trou, malgrès les soldats qui tentaient vainement de pousser. Le guerrier se dirigea vers les hommes et aida à pousser. Le chariot se mit enfin à bouger et avança, la roue enfin dégagée du trou. L'un des soldats regarda le guerrier et lui dit: -Merci beaucoup, mon seigneur. Le guerrier acquiesça d'un signe de tête et s'en alla. Il trouva ce qu'il cherchait. Un cheval blanc, encore valide, cherchait de l'herbe à brouter. Il l'enfourcha et suivit les chariots, les dépassant presque.
Le campement était bourré de monde. Les médecins s'affairaient pour soigner les blessés, graves ou légers. Les soldats s'entraidaient et soutenaient leurs compagnons. Les morts furent enveloppés dans des linceuils. On essayait de se réchauffer et de manger au coin du feu. En chevauchant à travers le camp, le guerrier fut accueillit et acclamé par les soldats. Enfin, il arriva devant une grande tente émmeraude à rayures or éclairait par des torches. Il descendit de cheval et pénétra dans la tente. Un feu ronflait dans la tente. Il y avait également, un lit de camp avec une couverture, une table en bois avec un écritoire possèdant parchemins, encre et pinceaux, un genre de petit vestiaire recouvert de toiles de tente et un meuble d'où était posé un porte-arme et une petite statue représentant Braav, le Dieu de la baston. Se dirigeant vers lui, il ôta son katana de sa ceinture et le déposa lentement sur le porte-sabre, tout en baissant la tête devant la petite statue avec respect. Peu après, un petit homme vêtu avec un manteau en peau de bêtes entra dans la tente, frigorifié. Il portait un petit écritoire qu'il déposa sur la table. Il s'assit sur un siège et enleva son képi. -Sire Otori, lança le petit homme. Le Guerrier se retourna tout en enlevant son casque. Sire Otori était un jeune homme aux cheveux noirs de jai et aux yeux bleus, le visage illuminé. Il regarda le petit homme. -Shi-Fu, lui dit-il. Quelles nouvelles ? Le dénommé Shi-Fu, Conseiller personnel du Shogun, ouvrit son écritoire et sortit un parchemin. -Sire Takeo, dit Shi-Fu, j'ai ici la liste des pertes subies par notre armée et celle des Barbares, ainsi que des formularités diverses. Sire Takeo hocha la tête et pénétra dans le petit vestiaire. Tandis que sire Takeo se changeait, Shi-Fu se mit à lire le parchemin. -Alors, dit-il, nous avons subit des pertes lourdes mais peu importantes. En revanche, nos ennemis ont été quasiment anéantis, à l'exception d'un petit groupe d'environs 50 hommes qui a réussit à fuir dans les montagnes. -Quelles sont les pertes ? , lança Takeo. -Hé bien, reprit Shi-Fu, nous avons perdu près de 3'500 hommes, contre à peu près 8'000 guerriers barbares. Takeo sortit du vestiaire, vêtu d'un pagne. -Et nos généraux ? , demanda-t-il. -D'après nos hommes, presque tous nos généraux ont été tués durant la bataille. Il y a là sire Muto Kasara, sire Minamoto Hizory, sire Maruyama Anteï, sire Karimo Takeshi... La liste semblait interminable, mais importante, car nombreux de ces généraux étaient de grands et fin stratèges. Mais sire Takeo n'écoutait qu'à moitié, attendant un nom familier. Enfin, Shi-Fu termina son récit. -... sire Yamamoto Sordy, sire Seishuu Mononamé, sire Fujiwara Ando également. Ah oui, il y a aussi... Il s'interrompit bruquement. Takeo le regarda. -Hé bien, Shi-Fu ? Qu'y a-t-il ? Quelqu'un d'autre est mort ? Shi-Fu croisa le regard de sire Otori, et dit: -Il y a également sire... sire Shigeru. Sire Shirakawa Shigeru. Takeo devint pâle et se laissa tomber sur un siège. Sire Shirakawa Shigeru était le maître d'armes et un ami fidèle de la famille Otori depuis des années. Fin stratège, général très apprécié des hommes et très proche du Shogun Sarymo II, sire Shigeru était un grand homme. La perte de ce héros et grand ami attristait Takeo. Shi-Fu le regarda avec tristesse. -Je vous présente mes plus sincères condoléances, dit-il. Sire Shigeru était un homme de valeur. Il m'était très sympathique, bien que ses dires en matières de gouverner le royaume. -Je te remercie, Shi-Fu. Cet homme était mon mentor, un grand ami, il était... il était comme mon père. Takeo se tut. Shi-Fu compatissait. Il se servit alors un verre de saké et en donna un au jeune guerrier, qui l'accepta avec joie, car il en en avait bien besoin après ce qui s'est passé. Un silence tomba sur la tente, hormis la rumeur des soldats à l'extérieur. Soudainement, Shi-Fu se leva, comme s'il avait été frappé par la foudre, et fourra sa main dans son vêtement. Takeo le regarda avec surprise. -Qu'y a-t-il, Shi-Fu ? Le conseiller ne répondit pas tout de suite, mais lorsqu'il ressortit sa main, il regarda le jeune homme. -Sire Takeo, voici quelque chose qui devrait vous intéresser. Il tendit la main et donna à Takeo un médaillon en or, suspendu par un ruban rouge sang. Il examina le médaillon, et reconnu les deux dragons entrelacés, l'emblème des Shirakawa. Tout autour des dragons, la devise de la famille qui dit L'honneur est la force du Guerrier. Une larme coula le long de ses joues. -Le médaillon a été trouvé par un guerrier de Shirakawa. Il pensait qu'il valait mieux le confier à quelqu'un plutôt que de songer à le revendre, ce qui aurait été une infâmie. -Merci Shi-Fu. Takeo se leva et déposa le médaillon à côté de la statuette de Braav. Puis il se dirigea vers son lit de camp. Le conseiller le regarda, son verre à moitié remplit à la main. -Shi-Fu, dit alors Takeo en se retournant, annonces aux hommes que nous nous levons demain dès les premières lueurs du soleil. Nous avons une longue route à faire jusqu'à la Capitale, et je ne veux pas perdre de temps. -Sire Otori. Shi-Fu s'inclina respectueusement et sortit, son petit écritoire sous le bras, après avoir vidé son verre de saké. Takeo s'allongea et ferma les yeux. Cette nuit-là, il arriva à peine à dormir, le fantôme de sire Shigeru apparaissant sans cesse dans ses rêves. Il se réveilla presque après l'aube. N'arrivant plus à dormir, il se vêtit de son armure et sortit. Le soleil apparaissait à peine à l'horizon. Il eut alors une pensée pour sire Shigeru. Takeo prit son cheval et se dirigea vers le champ de bataille. Il y avait encore des flèches, des boucliers brisés, des armes tachées de sang. Les corbeaux, les renards et les loups s'étaient délectés du festin de ces maudits Barbares. Descendant de sa monture, il fit quelques pas et découvrit l'épée et le casque de son ancien mentor. Sire Shigeru n'a jamais possédé de katana. Il préfèrait les lames à double tranchant, comme les Barbares ou les chevaliers de Gogorloran, que les armes à lames fines. Takeo tomba à genoux, ficha l'épée dans la neige, ramassa le casque, le posa sur la poignée, et se mit à prier pour le repos de sire Shigeru. Il pria longuement. Les premières lueurs du soleil apparurent, et Takeo se leva après s'être signé. Puis il enfourcha son cheval et rejoignit le camp. C'était devenu une fourmilière. Les hommes s'affairaient pour le départ, pliaient les tentes, sellaient les chevaux et empilaient les vivres et les armes dans les chariots. Shi-Fu avait prit les choses en mains, c'était très bien. Takeo ordonna aux hommes d'empiler les morts, emballés dans des linceuils, dans des chariots vides, les blessés non valides monteraient aussi dans les chariots ou les hommes à cheval leur céderaient leur place. Shi-Fu voulu protester, mais Takeo ne voulu rien savoir. Les familles devraient pouvoir enterrer leurs proches. L'armée haïkaroise quitta les plaines pour regagner Jamarkand, Capitale du royaume d'Haïkary, afin de rendre compte de la victoire à Sarymo II, Shogun d'Haïkary. Takeo songea soudainement à la douleur du Shogun lorsqu'il apprendra la mort de sire Shigeru. Il était si proche du Shogun et ses conseils étaient si précieux aux yeux de celui-ci, qu'il aurait pu devenir son grand Conseiller, mais sire Shigeru préfèrait s'occuper de ses terres. On l'appelait familièrement le Fermier, et il se plaisait à se faire appeler ainsi. Ce souvenir serra la gorge de Takeo qui ne pu s'empêcher de laisser couler des larmes.
Les hommes se restaurèrent en chemin. Pas question de perdre une minute. Takeo ne voulait pas prendre le risque de s'arrêter, si une nouvelle armée barbare devait les attaquer. C'est dans le milieu de l'après-midi que l'armée franchissait les portes de Jamarkand. Une foule immense s'était rassemblée aux pieds des marches du palais. Faut dire que lorsque les soldats sont arrivés en vue de la Capitale, les paysans ayant pu connaître la nouvelle de la victoire, se sont passés le message, et ce message est arrivé jusqu'aux oreilles du Shogun, qui a aussitôt ordonné que l'ont rassemble le palais entier dans la cour. C'est ainsi que soldats, paysans, nobles et citoyens s'étaient rassemblés devant le palais, le Shogun debout entre ses gardes et ses nobles, pour accueillir sire Takeo et l'armée. Il y eut des applaudissements, des hourras, des lâcher de colombes. Sarymo II écarta les bras lorsque Takeo et les derniers généraux en vie descendirent de cheval. Ils gravirent les escaliers et s'inclinèrent avec respect devant le Shogun. Celui-ci regarda tous ces hommes fatigués mais heureux d'avoir remporté la victoire. -Relevez-vous, hommes d'Haïkary, dit-il. Tous se relevèrent. -Sire Takeo, vous avez fait merveille, continua le Shogun avec un grand sourire. Votre victoire sur les Barbares du roi Fünrys III assure notre suprêmatie sur la partie nord de notre royaume. Louez sire Takeo, louez ces hommes qui se sont battu avec courage et honneur pour avoir gardé notre frontière du nord intact ! Le peuple applaudit et scanda le nom de sire Takeo. Il exagère un peu trop, pensa le jeune guerrier, mais il ne peut pas lui en vouloir, car, de tous les rois présents sur ces Terres de Brelle, le Shogun Sarymo II est le seul à récompenser et à honnorer tous les soldats pour leur vaillance au combat. -Sire Takeo, reprit le Shogun, venez à l'intérieur, vous devez être fatigué. Un bon rafraîchissement vous fera un grand bien. Et ils entrèrent tous dans le palais. La fraîcheur des lieux les soulagea un peu de leur coup de chaleur. Les servantes pénétrèrent dans la salle où se trouvait tout ce petit monde pour servir un rafraîchissement aux généraux. Takeo savoura lentement sa boisson tout en regardant le Shogun. Il fallait lui annoncer la triste nouvelle. Il s'avança vers le Shogun qui discutait avec Shi-Fu, lorsqu'ils s'interrompirent. -Sire Takeo, dit le Shogun avec un air de regret, je suis désolé d'apprendre la mort tragique de sire Shigeru. C'était un bon ami, un mentor. Il aurait pû se lancer dans la politique car il était sage et plein de bon sens. Takeo approuva et tendit le médaillon de sire Shigeru, que le Shogun prit dans sa main. -C'était son médaillon. Il ne sortait jamais sans, ni à une fête, ni à la guerre. J'ai l'impression que sa mort va laisser un grand vide. Le Shogun sécha une larme et rendit le médaillon à Takeo. -Je penses qu'il devrait vous appartenir. Gardez-le, en souvenir de lui. De plus, la question de l'héritage se pose, étant donné qu'il n'a pas d'héritier direct... Son visage devint grave. -Bah, laissons cela de côté, nous y reviendrons. Et pour l'instant, je penses qu'il est grand temps de célèbrer cet événement. Je déclare ouvertement que trois jours de festivités aient lieu dans tout le royaume ! Oh non, songea Takeo, pas trois jours de fêtes, par pitié !
Et c'est ainsi que la nouvelle se propagea à travers tout le royaume. Toutes les villes, tous les villages fêtèrent l'événement. Les étrangers qui passaient par-là étaient également conviés aux festivités. Les fêtes furent payées par le Shogun lui-même. Durant ces trois jours, Takeo dû loger au palais impérial. Trois jours durant lesquels on faisait la fête, c'est trop long pour le jeune guerrier. Il gardait la tête froide cependant, mais c'est sûr, il allait craquer. Bon, le premier jour était consacré à l'enterrement des morts. Les généraux de l'armée, dont sire Shigeru, eurent droit aux honneurs. Lors de cette cérémonie, Takeo a beaucoup prié pour le repos de son ami et mentor. Et les deux jours d'après, c'était la fête. Takeo s'ennuyait à mourir. Le deuxième jour, au soir, il reçu une étrange visite. Un homme d'une quarantaine d'année s'était approché de Takeo et lui avait demandé à lui parler seuls à seuls. Ils s'en vinrent s'asseoir dans un coin, loin des regards indiscrets et commencèrent à discutailler. -Qui êtes-vous ? , demanda Takeo. Et que me voulez-vous ? -Sire Otori Takeo, je me nomme Terada Fumio, et je suis, enfin, j'étais l'intendant de la maison de sire Shirakawa Shigeru. Comme vous le savez sans doute, mon maître, avant sa mort tragique qui me brise le coeur, n'avait point d'héritier pour lui succèder. -Cela, je le sais, dit Takeo, vous ne m'apprenez rien. Terada Fumio continua sans tenir compte de cette remarque. -Mon maître m'avait préciser que, s'il lui arrivait malheur, je devais vous transmettre un message. Et il donna à Takeo un rouleau de parchemin, qu'il déroula et lu le contenu:
Mon cher Takeo,
Je t'écris cette lettre afin que tu prennes conscience de mes intentions au sujet de mon héritage. Tu sais que je n'ai pas d'héritier. Ma dernière femme étant morte en couches, emportant avec elle un garçon mort-né, je n'avais plus aucun espoir d'espèrer avoir un héritier. Je n'ai plus de famille, à part celle de mon ancienne épouse qui me harcèle pour que je leur cède mon domaine, personne à part toi.
Je sais que nous en avons déjà discuté, mais officiellement, je te nommes mon héritier, et mon domaine de Shirakawa t'appartiendra dans le cas où il m'arriverai malheur. Je te demande juste une chose: protège mon domaine contre ceux qui voudrons s'en emparer par la force.
Je t'embrasse, et au nom de notre grande amitié, je te souhaites longue vie et bonne chance pour la suite,
Ton ami de longue date,
sire Shigeru
Takeo roula le parchemin. -Ainsi, je suis son héritier, dit-il. -Oui, répondit Terada, et il aurai aimé vous le dire en personne. Il se leva. -Votre domaine et votre héritage vous attendent à Shirakawa, ajouta-il. Nous vous attendrons avec impatience. Et il s'en alla. Takeo devint songeur. Apparement, l'histoire de l'héritage était réglée, il ne reste plus que le Shogun soit d'accord. Il s'en vint le voir et lui parla de cette affaire. Lorsqu'il eut terminé son récit, le Shogun réfléchissait en carressant sa barbichette. -Eh bien, dit-il après avoir longuement étudié la question, je suppose que, s'il vous confie son domaine et vous fait son héritier, c'est qu'il vous fait vraiment confiance. -On dirait bien, Sire, avoua Takeo avec humilité. -Très bien, vous pouvez prendre le domaine de Shirakawa. Avec ces nouvelles terres, vous deviendrez le seigneur le plus puissant du royaume. Takeo s'inclina et s'éloigna. Après la victoire de Kaminato, il allait faire face à une nouvelle bataille: celle de l'héritage. Mais comme à la guerre, sire Otori Takeo n'a pas peur, et d'ici peu, il aura en sa posséssion le domaine de Shirakewa.
Dimanche 19 Juillet 2009Poster un commentaire
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